Cambodge – Bouddha assis sous le Nāga protecteur (Mucilinda) – Lopburi, fin 12ᵉ – 13ᵉ siècle
€35,000
Grande sculpture en pierre représentant le Bouddha assis en profonde méditation, protégé par le roi des nāga, Mucilinda, dont le vaste capuchon se déploie derrière lui en une forme enveloppante et solennelle. L’épisode iconographique évoqué est l’un des plus anciens et des plus symboliques de la tradition bouddhique : après son Éveil, le Bouddha, surpris par une violente tempête, est protégé par le nāga qui enroule ses anneaux autour de lui et déploie son capuchon afin de le préserver des éléments. Cette scène incarne la protection cosmique accordée à l’Éveillé et la domination de la sagesse sur les forces primordiales.
Le Bouddha est représenté assis en padmāsana, les mains réunies en dhyāna mudrā, attitude de méditation absolue. Le visage, d’une grande sérénité, se caractérise par des traits pleins et équilibrés, des paupières mi-closes, un arc sourcilier continu et un sourire à peine esquissé, traduisant une intériorité profonde. La chevelure stylisée est surmontée d’un ushnīsha conique à registres superposés, typique des productions khmères tardives. Le traitement du corps privilégie la frontalité et des volumes calmes, volontairement épurés, accentuant la dimension intemporelle et spirituelle de la figure. Le Nāga, sculpté en haut relief, déploie derrière le Bouddha un large capuchon aux écailles finement incisées, conçu comme une véritable aura protectrice. Son traitement graphique et répétitif, loin de toute recherche naturaliste, renforce la force symbolique de l’ensemble. Le socle intégré, orné de motifs évoquant les anneaux du serpent, participe à l’unité iconographique de la sculpture. La présence d’un tenon inférieur ancien, conservé, indique que la statue était à l’origine destinée à être fichée dans un socle ou un dispositif architectural, probablement au sein d’un sanctuaire ou d’un monastère.
Sur le plan historique, cette œuvre s’inscrit dans la période khmère tardive, correspondant à la transition entre l’apogée angkorienne et l’essor du bouddhisme theravāda au XIIIᵉ siècle. À cette époque, l’art khmer se détache progressivement des grandes images monumentales liées au pouvoir royal pour privilégier des figures plus intériorisées, centrées sur la méditation et la dévotion personnelle. Le style dit de Lopburi, bien que géographiquement associé à la Thaïlande actuelle, désigne une aire stylistique large couvrant les marges occidentales de l’empire khmer, marquée par une grande sobriété formelle et une spiritualité affirmée. Par la qualité de sa sculpture, la lisibilité de son iconographie et son excellent état de conservation, ce Bouddha sous le Nāga constitue un témoignage particulièrement abouti de la sculpture religieuse khmère de la fin du XIIᵉ et du XIIIᵉ siècle. Il se distingue par une présence méditative forte et une harmonie formelle qui en font une œuvre de référence pour la compréhension de l’évolution du bouddhisme en Asie du Sud-Est.
Origine: Cambodge, aire culturelle khmère
Époque: Période de Lopburi, fin 12ᵉ – 13ᵉ siècle
Dimensions: Hauteur: 73,5 cm (hors support) ; 88,5 cm (avec support).
Provenance: Ancienne collection Helmut Ploog, acquis avant 1990.